Humanisme pur

Humanisme rationnel

Cette éthique se traduit essentiellement par la poursuite sur un but commun.
Pour comprendre son intérêt, on pourra lire : « De l'amour à l'humanisme ».

Mais surtout, voir le site qui lui est consacré !.

Le texte ci-dessous est reproduit du site harmonisme.free.fr (page "harmonie"), pour dépanner en cas de défaillance (temporaire) de son hébergeur, le cas échéant reportez-vous sur ce site (lorsqu'il fonctionne!)



Qu'est-ce que l'harmonisme rationnel ?
ou Comment atteindre la plus grande harmonie

Premières définitions

L'harmonisme rationnel est une éthique appliquée, c'est-à-dire une façon consciente de conduire sa vie (par opposition à un comportement impulsif et irréfléchi).
Plus précisément, cette éthique se caractérise par la recherche de l'harmonie maximale.

L'harmonie est un accord, une concordance particulièrement heureuse entre des éléments.
Ce concept peut s'appliquer à diverses choses. Par exemple, en musique, l'harmonie concerne la concordance heureuse de plusieurs sons joués simultanément. Nous nous intéresserons essentiellement ici à l'harmonie personnelle (au sein d'une même personne), et à l'harmonie sociale (entre plusieurs personnes).

S'intéresser à la plus grande harmonie possible implique d'agir sur les causes (il ne suffit pas d'aspirer à l'harmonie ou de se contenter d'être gentil avec tout le monde). Pour ce faire, il importe de déterminer ce qui peut accroître l'harmonie et ce qui peut s'y opposer. Telle est, du moins, une attitude rationnelle.

L'attitude rationnelle consiste à réfléchir avant d'agir, en faisant preuve d'un maximum de précision en ce qui concerne les définitions des concepts, les observations et les déductions. Cette attitude se traduit, expérimentalement, par une remarquable efficacité. Or, quoi de plus harmonieux, pour un harmoniste, que de parvenir effectivement... à l'harmonie ?

Harmonie intérieure et bonheur

Il y a harmonie psychologique lorsque les différentes aspirations d'une personne, non seulement ne rentrent pas en conflit les unes avec les autres mais encore se soutiennent mutuellement.

Si j'aspire à des choses incompatibles entre elles y compris par le biais de leurs conséquences probables, il y a disharmonie.
Un exemple de disharmonie intérieure est une situation de contrainte. S'il m'est interdit de faire quelque chose que je souhaite, il y a tiraillement entre ma volonté de satisfaire mon souhait et celle de ne pas me faire sanctionner. L'harmoniste rationnel va donc choisir entre ces deux solutions : supprimer la contrainte (en agissant sur son environnement) ou modifier son souhait (pour que la contrainte ne le gêne pas), selon leurs difficultés et leurs intérêts respectifs.
Mais la contrainte extérieure n'est pas la seule cause de disharmonie intérieure. Par exemple, ma gourmandise va me porter à manger la belle tarte à la crème, tandis que le souci de garder la ligne va sans doute s'opposer à cela. Si l'une des deux tendances incompatibles ne l'emporte pas clairement, il y a tiraillement interne, souffrance immédiate, et si celle qui l'emporte a des conséquences déplaisantes, il pourra y avoir souffrance future. Dans un tel cas, il faut intervenir sur ses propres aspirations. Or, cela est possible.

Pour atteindre une harmonie maximale, il suffit donc de ne conserver qu'un ensemble d'aspirations dont les conséquences vont dans le même sens. Par exemple, faire du sport (d'une façon raisonnable) est compatible avec préserver sa santé. Certaines aspirations concernent une activité immédiate (faire du sport, manger la tarte) et d'autres un objectif plus lointain (préserver sa santé). Un objectif lointain nécessite généralement de pratiquer certaines activités et d'en éviter d'autres. La plus grande harmonie s'obtient donc en se donnant un but supérieur, avec lequel les autres aspirations conservées et entretenues sont toutes en accord.
Mais lequel choisir ?

Tous ne sont pas équivalents en ce sens que leur choix va impliquer des efforts plus ou moins importants (et réalistes !) Autant se donner un but facile à poursuivre. Prenons l'exemple du but « manger un maximum de tarte à la crème ». Même si l'on aime bien les tartes à la crème, cet objectif va nous conduire à risquer constamment l'indigestion et à nous priver de toute autre nourriture. Pas si réjouissant que ça, finalement ! Le but doit pouvoir être approché sans trop de difficultés, en induisant un maximum de satisfaction. En pratique, il doit donc se fonder sur une ou plusieurs dispositions humaines préexistantes.

Un objectif qui s'impose par son aisance à être poursuivi est « le maximum de plaisir ».  Mais il pose un autre problème : il ne détermine pas un comportement précis car il y a plein de façons de se faire plaisir. L'harmonie intérieure sera difficile à maintenir à cause de la diversité des sources de plaisir et de leurs conséquences souvent néfastes. Ensuite, la recherche du plaisir par action sur l'extérieur (par exemple, la consommation) va généralement à l'encontre de l'harmonie avec autrui (à cause du phénomène de concurrence).
Un objectif qui semble toutefois incontournable, même s'il ne saurait être premier (à cause de l'indétermination que nous venons de voir) est le maintien d'un état de bien-être minimum. Car si l'on est profondément malheureux, si l'on n'a pas le moral, on ne parviendra pas concrètement à maintenir le cap en direction de notre objectif supérieur, quel qu'il soit.
Ce bien-être est essentiellement le fruit d'un travail sur soi et non pas sur son environnement. Donc, ici, peu de risque de disharmonie induite avec l'extérieur.
Comment maintenir ce « bonheur » ? Il n'est pas difficile de constater que la souffrance morale a toujours la même cause : une certaine attente/exigence relativement à notre situation. On voudrait que les choses soient autrement que ce qu'elles sont, d'où la frustration, la peur, l'impatience... Un tel attachement survient surtout lorsque l'on poursuit un intérêt personnel. Il semble donc préférable de viser quelque chose qui dépasse notre petite personne.
On pourrait objecter que poursuivre un objectif quel qu'il soit, même désintéressé, est source de frustrations, mais on peut parfaitement poursuivre un objectif, agir dans une direction, sans être dépendant affectivement des résultats. Cela nécessite cependant de se rappeler souvent cet objectif intérieur qu'est notre propre bonheur (afin de résorber les éventuelles frustrations). Ces objectifs intérieur et extérieur se soutiennent donc mutuellement : on a besoin d'être heureux pour agir positivement, et agir positivement contribue à notre bonheur. Il y a harmonie entre eux...

Par ailleurs, il existe des dispositions intérieures qui nous portent à agir, dans le sens de l'harmonie extérieure, tout en nous rendant immédiatement heureux; d'où une harmonie possible entre celles-ci, une dissolution de l'opposition entre égoïsme et altruisme. Il s'agit de l'amour et de la compassion. Nous envisageons ici l'amour au sens fondamental de pur affect, nous ne parlons pas de l'amour d'un objet précis, lequel peut s'opposer à l'harmonie, surtout sous sa forme passionnelle.
L'harmoniste va donc construire, aider, coopérer... développer un maximum d'harmonie autour de lui, par amour. Il n'attend rien. Il se contente d'apporter des choses au monde, vivant ainsi un bonheur immédiat.
Reste à voir en quoi consiste plus précisément cette harmonie « extérieure », et comment on peut agir efficacement dans son sens.

Harmonie sociale et humanisme

Il y a harmonie sociale lorsque les membres d'une communauté humaine sont bénéfiques les uns aux autres. L'harmonie, en effet, est quelque chose d'agréable et ce sont les hommes qui ressentent éventuellement cela.

Nous voyons donc que l'harmonie est le contraire de la nuisance mutuelle. C'est donc plus que la paix, qui n'est que la négation du conflit (une nuisance mutuelle particulière).
Exemple de nuisance mutuelle : Deux personnes veulent manger un maximum de tarte à la crème. En effet : plus l'une en mange, moins il en reste pour l'autre.
On voit sur cet exemple, que la relation de nuisance mutuelle découle de volontés opposées, d'incompatibilité de but : la totalité de la tarte ne peut pas aller dans deux estomacs à la fois.
Exemple de relation possiblement harmonieuse : deux personnes travaillent à la réussite de leur entreprise commune. Si l'on suppose que leurs actions sont bel et bien efficaces dans le sens de leur objectif, il y a bénéfice mutuel puisque ce que fait l'une va dans le sens de ce que l'autre souhaite. Un bénéfice pour quelqu'un, en effet, est ce qui satisfait sa volonté.

Notons que l'on peut être en harmonie avec certaines personnes et en disharmonie avec d'autres. L'harmoniste va donc chercher à être en harmonie avec le maximum de personnes et en disharmonie avec le minimum.
Oui, mais comment ?

À l'évidence pour être au maximum en harmonie avec une personne, il faut partager les mêmes objectifs, ce qui nécessite, en pratique, de poursuivre un bien commun.
En simplifiant, on peut considérer que les gens qui travaillent à la réussite d'une entreprise sont en harmonie entre eux, mais en disharmonie avec tout ceux des entreprises concurrentes. De même, si mon objectif est le bien de ma famille, de ma nation etc. je suis en harmonie (sauf désaccords particuliers) avec les autres membres de ma famille (ou de ma nation), mais pas avec ceux des autres familles (ou autres nations). Je serai même souvent en disharmonie avec ces derniers du fait des inévitables situations de concurrence pour les ressources (emplois, possessions etc.)
L'harmoniste va donc chercher, dans un premier temps, un objectif susceptible d'être commun avec le plus grand nombre de personnes possibles, soit, idéalement, tout le monde !

Quel objectif peut être raisonnablement universel ? Si tout le monde se consacre à l'accroissement du confort d'une seule et même personne, il y a bien harmonie (puisque l'objectif est commun), sauf que l'on ne voit pas comment on pourrait se mettre d'accord sur le choix de cet heureux bénéficiaire ! Par contre, il est parfaitement envisageable que tout le monde se préoccupe de l'accroissement équitable du confort de tous. À savoir : commencer par accroître le confort des plus défavorisés (dont le confort est le plus faible). C'est d'ailleurs ce à quoi nous invite la compassion. On peut résumer cet objectif commun de la façon suivante : accroître le plus possible le bien-être de chacun de la façon la plus équitable possible.

L'harmoniste va donc être particulièrement préoccupé de ces questions que sont la pollution, la faim dans le monde, la guerre, l'oppression etc., car ces problèmes sont des causes de souffrance importante pour un grand nombre de personnes.

Nombreux sont ceux qui se préoccupent de ces problèmes, mais ils le font d'une façon très légère et accessoire, après y avoir contribué en participant au système qui les crée...
Pour l'harmoniste, comme nous l'avons vu, c'est le but premier de son existence. En effet, après avoir atteint un certain niveau de bonheur personnel, il est largement disponible pour se consacrer à ce qui le dépasse : l'harmonie dans le monde autour de lui. Il vient à cela spontanément, car comme nous l'avons vu, l'harmoniste cultive l'amour, source de bonheur.
Ce faisant, il se réalise pleinement, et a ainsi de bonnes chances de réaliser vraiment... l'harmonie autour de lui.

Objections

On pourrait avancer que la compétition peut être en soi une source de plaisir « ludique » en quelque sorte. Mais le fait est qu'à moins qu'il ne s'agisse d'un jeu au sens strict (sans enjeux ni attachements donc), elle est une source de conflits, lesquels induisent des souffrances que, généralement, personne ne souhaite subir (agressions, blessures etc.) Il y a donc dans ce cas une disharmonie intérieure pour celui qui s'adonne à la compétition. Même en l'absence de conflit, la tension que représente la concurrence est en soi disharmonieuse. L'harmoniste va donc l'éviter.

On pourrait objecter que l'harmoniste qui se consacre à une grande cause n'est pas en harmonie avec tout le monde. Il va probablement rencontrer l'hostilité d'un certain nombre de personnes particulièrement privilégiées par la situation actuelle ou manquant d'intelligence. C'est vrai, mais cela ne concerne que le court terme, et ces personnes sont minoritaires. De plus, il ne faut pas perdre de vue qu'actuellement la principale disharmonie est la compétition entre tous ceux qui se consacrent à l'accroissement d'un intérêt exclusif (sous forme d'argent, de possession, de statut social etc.) Bref, c'est la guerre de tous contre tous. Étant moins centré sur une ambition personnelle, l'harmoniste est moins fortement en compétition avec les autres citoyens. Lorsque je veux le bien de tout le monde, je suis moins en conflits avec ceux qui ne veulent que leur bien propre que lorsque je ne veux que mon bien propre. De plus, l'harmoniste est en harmonie remarquable... avec les autres harmonistes, qui peuvent être très nombreux, potentiellement. S'il ne peut évidemment pas être en parfaite harmonie avec tout le monde, il est donc sur la voie de la plus grande harmonie possible. En somme, il fait de son mieux.

On peut encore remarquer que la coopération est une relation harmonieuse et que celle-ci existe actuellement.
La coopération est effectivement un bon exemple de relation harmonieuse : on est plus efficace en organisant collectivement la production que lorsque chacun produit précisément ce qu'il consomme (autarcie individuelle) ; il y a donc bien bénéfice mutuel. Cela, grâce à une certaine dose de spécialisation, de standardisation, de centralisation, de communication etc.
Par contre, s'il est vrai que la coopération existe actuellement, elle reste très limitée. Plein de phénomènes en freinent le bénéfice : propriété privée, en particulier « intellectuelle », recherche du profit (obsolescence programmée, services payants et donc, réservés aux plus riches etc.) Au sein d'une entreprise, tout le monde est objectivement intéressé par les résultats de l'entreprise, mais il y demeure une concurrence importante : pour les postes, la répartition des bénéfices (entre salariés et actionnaires, par exemple). Et bien sûr, comme nous l'avons vu, cette coopération est limitée au sein de chaque entreprise et est donc, à une échelle plus large, au sevice d'une compétition, souvent féroce.
Ensuite, plus fondamentalement, il s'agit d'une collaboration entre personnes mues par leur intérêt personnel. Certes chaque « égoïste » bénéficie de la collaboration, mais en pratique, il y a toujours, pour lui, la tentation de tricher (pour s'avantager encore plus, donc, au détriment d'autrui), d'où nuisance et conflits en cas de passage à l'acte, ou suspicion et contrainte (lois), pour l'éviter.
Il s'agit donc d'une harmonie très limitée en quantité et en qualité, par rapport à ce que peut apporter l'harmonisme...

Harmonisme et vérité

À ce stade de notre réflexion, il reste encore un obstacle sur la voie de l'harmonie. En effet, se consacrer au bien commun, à un monde meilleur ne suffit pas. Encore faut-il se mettre d'accord sur les solutions, les moyens... pour progresser le plus efficacement possible dans ce sens. Bien sûr, tous les moyens ne s'opposent pas, mais certaines solutions peuvent être incompatibles entre elles, d'où de possibles conflits « idéologiques ».
La question qui se pose est donc : existe-t-il un moyen de se mettre d'accord (entre personnes de bonne volonté) ? Et en particulier : comment déterminer la « vérité » ? si la vérité existe !

A priori, il semble bien qu'une vérité existe. Toute personne, en bonne santé mentale, qui regarde le ciel, constatera que celui-ci est bleu. S'il y avait des gens le percevant de la même couleur que le sang, et d'autres, de la même couleur que l'herbe, on pourrait en effet mettre en doute l'existence et la stabilité de la réalité. Celle-ci est un constat expérimental.
Le consensus n'est pourtant pas aussi évident dans tous les domaines. Les avis sont plus partagés en ce qui concerne le devenir de l'esprit après la mort, d'éventuelles visites d'extraterrestres, ou encore les vertus de tel ou tel régime alimentaire.
Ces cas litigieux se caractérisent généralement par une difficulté ou une rareté de l'observation (comment savoir ce que devient l'esprit après la mort ? Rares sont ceux qui prétendent être en contact avec des esprits de personnes décédées, ou des extraterrestres...) et une difficulté d'interprétation (comment juger de l'efficacité d'un régime alimentaire lorsque de nombreux autres paramètres entrent en jeu dans la santé de la personne (variations génétiques, de l'environnement, de l'humeur, auto-guérison naturelle qui allait de toutes façon survenir, effet placebo...) Il semble donc qu'il s'agisse de cas où l'on peut difficilement conclure quoi que ce soit avec certitude. De ce fait, il ne devrait pas y avoir de conflits... si chacun était suffisamment circonspect.

On peut remarquer également que si le consensus universel n'existe pas dans la plupart des domaines, un tel accord est apparu avec le développement de la démarche scientifique. Même si les théories scientifiques évoluent au cours du temps, et ne font pas toujours l'unanimité à un moment donné, un certain nombre finissent toujours par s'imposer durablement (typiquement : en expliquant de plus en plus de choses). C'est là aussi un constat expérimental.
De plus, cette variation au cours du temps des théories scientifiques ne correspond pas à une invalidation des anciennes théories dans le domaine qui était le leur. Elle correspond à un souci d'expliquer un maximum de choses dans un domaine d'observation (et de précision) de plus en plus étendu. Ce qui est invalidé dans l'ancienne théorie est seulement sa prétention éventuelle à tout prévoir dans tous les domaines avec une précision infinie (prétention délirante, si l'on réfléchit un peu)... En tant qu'outils descriptif et prédictifs concrets, les théories scientifiques sérieusement validées depuis un certain temps, restent donc toujours valables.

Bref, à l'évidence, nous disposons, grâce à la démarche scientifique, d'un moyen d'atteindre une efficacité toujours plus grande pour parvenir à nos fins, et accessoirement, d'un moyen de nous mettre d'accord sur ledit moyen !
L'harmoniste rationnel va donc mettre en œuvre la démarche scientifique. Mais de quoi s'agit-il au juste ?

La démarche scientifique utilise des théories « scientifiques », pour décrire et prévoir les observations. Une telle théorie est un ensemble de concepts et de lois, s'inscrivant généralement dans un cadre mathématique, et se caractérisant par une remarquable efficacité.
La recherche scientifique la plus fondamentale consiste à établir la théorie la plus simple possible rendant compte d'un maximum d'observations, avec la plus grande précision possible. On peut voir là une quête d'harmonie... Cette théorie peut être considérée comme vraie, mais d'une façon fondamentalement temporaire. En effet, à un instant donné, la précision de nos mesures et l'étendu de nos observations est toujours limitée, et on peut donc s'attendre à ce qu'il soit nécessaire de trouver de nouvelles théories au fur et à mesure que cette limite est repoussée.
Par ailleurs, ce n'est pas cette théorie maximale qui est utilisée pour résoudre la plupart des problèmes pratiques rencontrés, mais la théorie la plus efficace dans le domaine où l'on se trouve. En effet, moins l'on est exigeant quant à la précision des mesures et l'étendue des observations, plus il existe une théorie simple pour décrire et prévoir facilement ce qui nous intéresse.

Bref, il n'y a pas, en science, de connaissance absolue, mais uniquement des théories pragmatiques.
Cette prise de conscience est déjà en soi un facteur de réduction des conflits...

L'établissement d'une vérité scientifique doit se faire avec beaucoup de circonspection, car il y a beaucoup de pièges liés au fonctionnement particulier de l'esprit humain, qui n'est pas parfaitement « rationnel ».
Voici quelques points à respecter : observer avec précision, définir les concepts avec précision, déduire avec précision, vérifier ses théories sur un grand nombre de cas.
En pratique, une vérité scientifique se forme collectivement, tout résultat nouveau étant vérifié par d'autres équipes de scientifiques que celle l'ayant découvert. Cela permet plus de sécurité dans la validité des vérifications.
Une théorie scientifique présente la particularité d'être réfutable. Ce point est souvent absent des théories purement verbales, dont les défenseurs pourront toujours maintenir la « validité » en jouant sur la plasticité des concepts verbaux. Par exemple, quelqu'un qui soutient que toute action humaine est mue par la volonté de survivre, pourra répondre à l'objection de l'existence du suicide, que le suicidé cherchait ainsi à survivre dans la mémoire de ses congénères ! Une telle théorie n'est pas réfutable...
Une autre caractéristique de la démarche scientifique est la prise en compte des probabilités. Une chose n'est jamais, en toute rigueur, considérée comme vraie ou fausse, mais comme plus ou moins probable (ou improbable).
On voit donc que la démarche scientifique est une école d'humilité intellectuelle.
Le fait que l'harmonisme se réduit à une éthique et ne proclame pas de vérités particulières (comme l'existence ou l'inexistence de Dieu, par exemple) est un facteur... d'harmonie. Ce qui caractérise l'harmonisme rationnel n'est pas l'adhésion à une vérité, ou un ensemble d'idées, mais uniquement une pratique, une attitude, faite de bienveillance, de bon sens et de pondération.

Les conflits idéologiques proviennent typiquement d'une attitude opposée à cela. On comprendra aisément que le basculement rapide dans une catégorie simplificatrice du type vrai/faux, bien/mal soit source de conflits.
De plus, pour qu'il y ait conflit, il faut qu'il y ait attachement. L’attachement à une vérité provient généralement d'un besoin psychologique que cette vérité comble. Or, les vérités scientifiques ne se fondent pas sur un besoin humain, mais uniquement sur un souci d'efficacité descriptive.
La science ne se fonde que sur l'observation et la recherche d'une certaine harmonie, pas sur une quelconque autorité. Elle se centre sur les faits, plutôt que sur des personnes, sur de l'information plutôt que de l’exaltation.
Ce faisant, elle engendre moins de conflits, et respecte la liberté de chacun.

Dans la vie de tous les jours, la vérité d'un fait est sa conformité à l'observation. De ce point de vue, c'est une notion qui s'inscrit bien dans la démarche « scientifique » (au sens large). Les autres domaines comme la religion ou la politique font intervenir également des éléments affectifs qui relèvent de choix personnels. En dissociant mieux ce qui relève des choix affectifs d'une part et de la conformité à l'observation d'autre part, on éviterait sans doute bien des conflits idéologiques.

Telle est donc la voie que suivra l'harmoniste rationnel. La profondeur de compréhension, la précision des analyses et l'humilité intellectuelle sont des facteurs d'harmonie.

Objections

On pourrait objecter que la puissance technologique à laquelle la recherche scientifique a fortement contribué peut être un facteur de disharmonie et de souffrance. C'est effectivement le cas, actuellement, à travers, entre autres, les problèmes environnementaux. Il ne faut pas oublier cependant que la technologie ne joue ici qu'un rôle d'amplification. Ce sont des aspirations humaines qui induisent ces problèmes : la soif de pouvoir, de revanche etc.
On peut donc considérer qu'un accroissement de la puissance technique est actuellement contre-performant. En effet, puisque les préoccupations principales de la plupart des gens qui vont utiliser cette puissance ne sont pas harmonistes, elle est mise au service, globalement, de la disharmonie. Il semble donc judicieux, pour un harmoniste d'agir en priorité sur les causes humaines de ces problèmes, avant de participer à l'accroissement de la connaissance scientifique. Il n'y a là rien de paradoxal puisque nous avons dit qu'un harmoniste pratiquait la démarche scientifique, pas (nécessairement) la recherche scientifique...

On pourrait objecter que la vision du monde apportée par la science est particulièrement désespérante. Nous ne serions, en effet, qu'un amas éphémère et contingent de molécules perdu parmi des milliards d'autres dans un univers où tout est régi par des lois strictement mécaniques. Cette vision nous est insoutenable pour une raison simple : nous nous observons ainsi, de l'extérieur, tout en conservant nos émotions et projets de nature « humaine » (puisque nous sommes humains). Or, tout à fait logiquement, ces émotions et projets se situent à notre échelle, pas à celle de l'univers. Se percevoir ainsi est déprimant car tout ce à quoi l'on tient, se réduit alors brutalement à rien (ou presque). Deux échappatoires à ce sentiment d'absurdité se présentent à nous : nier cette vision insatisfaisante et adhérer à une vision plus humanisée, en donnant un sens à l'univers dans lequel on pourrait s'inscrire, ou bien, fuir cette vision en se plongeant dans l'action ou le divertissement. Telle est l'alternative traditionnelle entre philosophies gnostiques-spiritualistes d'une part, et philosophies hédonistes-matérialistes d'autre part. Mais ni l'une ni l'autre de ces deux approches n'est pleinement harmonieuse, car il y subsiste toujours un refoulement : refoulement de la vérité par la foi (croyance hâtive) d'un côté, et par la distraction, de l'autre.
D'où l'intérêt d'une approche plus lucide, consistant à assumer effectivement notre nature humaine, mais en ayant clairement compris l'illusion que constitue sa projection sur l'univers, l'absurdité qu'il y a à chercher nos finalités dans l'univers, simple arsenal conceptuel au service de l'efficacité descriptive. Ces finalités ne peuvent résider qu'en nous-mêmes. Elles relèvent fondamentalement de l'émotionnel, tandis que la science (dont l'univers est une construction) se limite au perceptuel.
De plus, nous avons souvent tendance à caricaturer la nature humaine en n'y voyant que des dispositions pulsionnelles « animales », mais la capacité à se maîtriser, l'amour de la sagesse et de l'harmonie en font aussi partie (constat expérimental), et constituent, comme nous l'avons vu un facteur de bonheur durable. Inutile, donc, d'aller chercher dans les étoiles, ce qui se trouve en nous-mêmes.

On pourrait objecter, à l'inverse, que certaines croyances sont un facteur d'harmonie. En croyant que si l'on nuit à autrui on va aller en enfer, par exemple. Notons qu'il s'agit dans cet exemple d'une contrainte supposée, or nous avons vu le caractère nécessairement disharmonieux de la contrainte. Mais on peut croire aussi en un Dieu infiniment bon, qui ne nous menace pas. Le problème qui reste alors est que rien ne permet une adhésion universelle à une telle croyance (l'expérience montre qu'il subsiste une grande diversité de religions et philosophies en dépit de nombreux débats). De plus, ce type de croyance fait généralement l'objet d'un attachement particulier (puisqu'il satisfait un besoin affectif)... C'est donc un facteur d'harmonie plutôt limité. Or, l'harmoniste rationnel privilégie l'harmonie maximale... Tout au plus respectera-t-il les croyances, dans la mesure où elles aident à mieux vivre et ne créent pas de souffrance.
Ce qui est sûr est que l'harmoniste n'a pas de certitude absolue et n'impose pas une voie unique, car cela alimenterait la violence et la division.

Une autre objection fréquente à la démarche rationnelle réside dans le constat que des parties adverses trouvent facilement des arguments "rationnels" pour défendre leur position de sorte que l'argumentation ne permettrait pas de se mettre d'accord.
Une analyse plus approfondie de ces cas montre cependant que les "arguments" en question ne sont justement pas si rationnels que ça. Ils ne le sont qu'en apparence, et c'est précisément la faiblesse du niveau habituel de rationalité (réelle) qui explique ce phénomène.
Il se trouve aussi que l'argumentation est généralement accompagnée d'une attitude compétitive. Il faut donc se garder de faire l'amalgame...

Harmonisme et non-violence

Contrairement à ce que l'on pourrait s'imaginer hâtivement, l'harmoniste rationnel n'est pas quelqu'un qui va être d'accord avec tout le monde, tout respecter ou tout laisser faire. C'est d'ailleurs une tendance humaine courante que de fuir le moindre problème ou désaccord. Cette tendance s'oppose au progrès vers plus d'harmonie. Si quelqu'un fait des choses qui causent globalement beaucoup de souffrance, l'harmoniste va donc chercher à empêcher ses actions.
Ce qui est vrai, cependant, est que l'harmoniste va privilégier le dialogue à la violence. Son but est bien de réduire au maximum la souffrance (et donc, la violence). La contrainte est a priori une mauvaise solution, car, comme nous l'avons vu, elle induit une disharmonie à court terme. De plus, à plus long terme, elle induit de la rébellion et s'oppose donc à la compréhension.

L'harmoniste va donc favoriser et maintenir autant que possible la communication. Une communication rationnelle, c'est-à-dire informative et explicative, de préférence. Car c'est ce type de communication qui respecte le mieux la liberté et le bien-être individuels.
En particulier, il ne fait pas la morale. D'un point de vue strictement rationnel, il n'y a pas de bien ou de mal en soi, il n'y a que des choses qui favorisent plus ou moins l'harmonie ou la disharmonie. L' ordre, la menace, le reproche et plus généralement, la manipulation, ne font pas partie de sa façon de communiquer, idéalement !
Outre la communication, l'harmoniste privilégie également l'enseignement par l'exemple, car cela présente une certaine efficacité, tout en étant particulièrement « harmonieux ». Ce comportement découle tout naturellement de ce que l'harmoniste commence à travailler sur lui avant de s'occuper des autres.

De même, il ne va pas s'interdire de faire souffrir. Il est possible, en effet, qu'une petite souffrance passagère soit utile à une réduction durable d'une autre plus importante. Dans ce cas, il va opter pour la réduction maximale de la souffrance globale.
Ce qui distingue l'harmoniste rationnel n'est pas un comportement, une apparence, mais bien une attitude, particulièrement consciente et réfléchie. Tout au plus peut-on dire que ce sont les fruits à long terme de ses actions, qui le distingueront...

Ainsi, l'harmoniste rationnel intervient sur les causes profondes de la disharmonie, à savoir : l'attachement, l'égoïsme et l'impulsivité. Pour ce faire, il va favoriser le calme, la réflexion, la connaissance de soi, l'esprit critique.

L'égoïsme est l'attitude qui consiste à faire de soi un objectif, mais aussi, par extension, à s'attacher à ce qui, par sa limitation, peut engendrer de la compétition. Typiquement, l'égoïste est préoccupé par sa propre image ou son pouvoir personnel (politique ou économique). Ces objectifs ne sont pas exclus (pour l'harmoniste), mais uniquement au titre de moyens temporaires... en vue de l'harmonie. Chez le commun des mortels, l'attachement à ces objectifs est tel qu'il engendre globalement de la disharmonie.

Pour s'éloigner de l'égoïsme et mieux se centrer sur son objectif, l'harmoniste pratique fréquemment la méditation introspective. Il prend conscience de ce qui se passe en lui, en particulier, dès qu'il ressent des émotions particulières, dès qu'il sent ne plus être tout à fait dans un état de bonheur satisfaisant, de façon à s'y maintenir. Puis, il se focalise sur son amour du bien commun, de façon à agir dans le sens de ce dernier.

Résumé

L'harmonisme, contrairement à bien d'autres termes en « isme » (ou sans « isme »!) ne recouvre pas un ensemble d'idées ou de théories spécifiques concernant le monde. C'est essentiellement une façon de conduire concrètement sa vie.
Et même sur ce plan strictement éthique, auquel il se réduit, il ne consiste pas à suivre des règles précises, mais seulement à poursuivre un but, sur la base duquel toute règle peut être discutée.
Ce but est le maximum d'harmonie en soi et hors de soi. En travaillant à sa propre harmonie intérieure, l'harmoniste contribue à l'harmonie extérieure, et inversement.

Afin d'être en harmonie avec un maximum de gens, l'harmoniste travaille en direction du plus grand bonheur possible, le plus durable possible, du plus grand nombre possible, en commençant par ceux dont le bonheur est le plus faible.

Par conséquent, il ne privilégie pas des intérêts particuliers.
Il évite autant que possible d'être en compétition avec autrui.
Il va bien entendu, réserver du temps et des moyens à sa cause harmoniste, donc, le temps étant limité, réduire toute activité inutile ou même insuffisamment utile.
Il commence par agir sur lui-même, afin d'atteindre un certain bien-être intérieur et de se maintenir dans son objectif. Il tâche d'incarner l'harmonie.
Il respecte la liberté d'autrui, dans la mesure où elle ne nuit pas fortement à la liberté d'autres personnes. En particulier, il s'efforce d'avoir une communication aussi objective que possible (informative).
Il ne s'attache pas à ses idées, qu'il est toujours prêt à faire évoluer. Il se contente d'utiliser la théorie la plus efficace dans le domaine où il en a besoin, après avoir contrôlé aussi rigoureusement que possible ladite efficacité. En bref, il applique la démarche scientifique (car c'est un moyen de se mettre d'accord , qui plus est, sur la solution la plus efficace).

L'harmoniste rationnel privilégie l'amour sur la peur, les actes sur les idées, le fond sur la forme, l'explication sur la contrainte, le dialogue sur le jugement hâtif.
Il prend le temps de réfléchir avant d'agir, et autant que possible, réfléchit avec d'autres harmonistes, afin de déboucher sur les meilleures solutions.

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