Humanisme pur

La morale

Il y a l'éthique au sens d'un ensemble de règles que l'on s'assigne. Il y a la morale, propre à un milieu social donné, qui valorise certaines choses ou certains comportements et en déprécie d'autres. Il y a le sens du devoir, qui est généralement l’intériorisation d’une morale sociale. Il y a, enfin, la quête morale (ou éthique) personnelle, qui s'intéresse à la meilleure façon de conduire sa propre vie.

Cette dernière acception du terme s'oppose aux précédentes en ce qu'il n'est pas question de contrainte mais, bien au contraire, de liberté. Il s'agit de décider pour soi, seul, en l'absence de toute autorité.
Contrairement à la morale sociale, qui s'impose à un groupe, qui est extérieure à l'individu, la morale personnelle, lui est propre. Il n'y a aucune raison a priori pour que nous ayons la même qu’aucun autre congénère, hormis le fait que nous partagions avec lui certaines aspirations. Chacun est le seul juge de sa propre morale, qu'il la partage ou non avec d'autres.

En dépit de cette évidence, la philosophie morale a longtemps été un lieu de polémiques. Comme si « la » morale devait s'imposer d'elle-même à tous, à l'instar d'une découverte scientifique, d’un phénomène objectif. Cette morale objective, qu'ont cherchée les philosophes, porte en germe le totalitarisme, la négation de la liberté individuelle.
Cette morale objective, pour pouvoir être fondée, devait émaner d'un support concret. Ce fut une révélation, la nature ou une construction rationnelle.
Ainsi, parce qu’un tel a prétendu recevoir telle loi d’une entité surnaturelle, nous devrions nous y plier ? Parce que la loi du plus fort règne dans la nature, nous devrions l'accepter ? Parce que tel principe est universalisable sans contradiction, nous devrions y souscrire ?

La morale personnelle ne peut se fonder que sur les seules perceptions affectives de l’individu concerné, sous peine d’inefficacité.
On ne manquera pas de faire remarquer l’inconstance, la fragilité, la versatilité de celles-ci, en l'opposant à l’exigence de stabilité, de fiabilité qui accompagne toute éthique.
Mais si nos émotions et sentiments sont variables et parfois, fugaces, n’existe-t-il pas en leur sein, quelque chose de plus stable ? Ce que nous ressentons n’est pas toujours très assuré, ni ne se prolonge durablement. Ce que nous ressentons dépend souvent fortement de ce qui nous advient, et s’avère, par conséquent, contingent. Mais cela ne prouve pas que rien n’existe en nous, qui serait suffisamment stable, qui pourrait structurer notre existence, et par conséquent, fonder notre éthique. Cette chose, ce sentiment, ne sera certes pas un absolu transcendant la vie humaine, mais un tel absolu est-il nécessaire, puisque ce qui nous préoccupe ici n’est jamais qu’à l’échelle de notre vie ?
L’existence même de cette chose, c’est à chacun d’en faire l’expérience. C’est à chacun d’examiner ce qu’il ressent, au cours du temps, en toutes circonstances. C’est à chacun de déterminer comment ses sentiments évoluent en l’absence de sollicitations extérieures trop violentes lorsqu’il s’interroge sur lui-même, sur ses aspirations, sur ce qui est en son pouvoir, ou lorsqu'il cesse de s'interroger sur quoi que ce soit,. C’est à chacun de découvrir un état plus stable.
C’est à chacun de tester les diverses attitudes possibles, en fonction des circonstances. A chacun de déterminer celles qui débouchent sur la joie, et celles qui maintiennent dans la souffrance; celles qui conduisent à la sérénité, et celles qui condamnent à la dépendance, à la divagation au gré des vicissitudes de la vie.
C’est ainsi, seulement que chacun peut déterminer sa propre morale.

Mais alors, pourquoi écrire sur la morale ? Puisque c’est seulement en soi-même que chacun peut la découvrir.
Réponse : parce que cette découverte peut être favorisée par certaines connaissances. Par exemple : ce qui vient d'être dit.
Nous sommes de la même espèce et partageons, par conséquent, l'essentiel de nos caractères psychiques. Il peut donc être utile de prendre connaissance de l’éthique développée par d'autres personnes afin de trouver plus rapidement la voie qui nous convient le mieux. Car il est fort probable que les morales des uns et des autres se rejoignent en de nombreux points. C’est d’ailleurs ce que suggère l’observation des hommes de tous les temps et de toutes les époques, du moins de ceux dont la réflexion a été la plus approfondie et la plus indépendante.
Cependant, un témoignage peut suggérer mais ne peut constituer une référence, une autorité en lui-même. Le besoin d’une autorité est à la racine des morales sociales. Ces dernières sont un obstacle à la quête morale.

Une éthique doit nous aider à décider au jour le jour. Plutôt que de réagir, en vertu d'impulsions dont les origines nous échappent, qui peuvent être contradictoires d'un moment à l'autre, être sources de souffrances pour nous-mêmes, on tâche d'être un peu plus conscient de ce que l'on fait, de « pourquoi on le fait », et de donner plus de cohérence et de bonheur à l'ensemble de nos choix.

DP (2001)

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